L’Enfer aux Pieds, la Vigne au Cœur : à la mémoire de nos vignerons-soldats mobilisés
L’Enfer aux Pieds, la Vigne au Cœur :
A la mémoire de nos vignerons-soldats mobilisés
Nous sommes le 2 août 1914 au matin, c’est le début de la 1ère guerre mondiale.. Le tocsin sonne partout en France, la mobilisation générale est proclamée, des millions français sont appelés sous les drapeaux. Parmi eux un grand nombre d’acteurs de la filière viticole. Qu’ils soient ouvriers négociants ou vignerons, c’est leur histoire que je vais vous conter.
Des inquiétudes permanentes
Au début, tous espèrent revenir pour les vendanges pensant la guerre courte mais extrêmement vite ils déchantent ; le conflit s’enlise. Nos soldats vignerons se retrouvent plongés dans l’enfer des tranchées avec la boue, les rats et la violence des combats. On retrouve dans les nombreuses lettres ce que ces poilus pas comme les autres échangent avec leurs proches à l’arrière.

Pierre-Rieul Diduan, vigneron à Buzet mobilisé en 1914 et mort au combat en 1915 en Champagne prodigue de nombreux conseils au travers de ses missives (le soutirage des barriques ou encore sur le prix du vin vendu). Il se préoccupe également de la météo, de savoir comment la vigne pousse, de l’évolution du Mildiou…
On retrouve aussi toutes ces préoccupations dans les lettres de Pierre Nazereau, vigneron Bordelais d’une trentaine d’années engagé dans les troupes coloniales. Il correspond avec sa femme qui gère l’exploitation, devenue pilier de la survie du vignoble.
Au travers de ces différentes lettres, on note aussi leurs inquiétudes ; face à la pénurie de main d’œuvre avec tous les gens mobilisés ainsi que le manque de matériel (chevaux, matière première,..) auquel doit faire face leur exploitation.

On imagine les difficultés que devait rencontrer ces Poilus pour faire face à toutes ces problématiques. A la fois leur vie sur le front avec les combats, la fatigue, la peur, la tristesse de la perte d’un frère d’arme..Etc. Mais aussi d’un autre côté leurs préoccupations liées à leur exploitation, les ventes de vin, le déroulement de la campagne viticole, les pénuries en tout genre…
Court répit pour certains combattants
Aux vendanges un certain nombre de soldats sont envoyés en permission spécialement pour ce travail ; ces combattants trop âgés pour être au front ainsi que des prisonniers de guerre. On peut imaginer ces scènes particulièrement cocasses en ces temps de guerre ou on voit Allemands et Français côte à côte en train de vendanger !
On peut aussi se figurer la joie que les vignerons soldats devaient ressentir quand ils revenaient chez eux quand ils étaient en permission. Retrouver leur famille mais aussi leurs vignes, de cette parenthèse où ils retrouvent pendant quelque temps leur vie d’avant.
Fin d’un calvaire, début de la reconstruction
En novembre 1918 la guerre se termine, les Poilus sont progressivement démobilisés. Malgré la victoire, leur retour a été difficile avec cette épreuve effroyable qu’ils ont vécue.
Les pénuries n’ont pas disparu, les bras manquent après cette hécatombe, le matériel aussi mais ces gens ont réussi à remonter la pente. C’est pour leur mémoire que j’ai écrit ce texte, pour que l’on ne les oublie pas.
A bientôt pour une nouvelle histoire !
Nicolas Reumaux, vigneron historien amateur passionné


