Poules et salades au milieu des vignes

Poules et salades aumilieu des vignes - article Sud Ouest du 21 mars 2021

Poules et salades au milieu des vignes

20 mars 20 à Sud Ouest

 

Poules et salades aumilieu des vignes - article Sud Ouest du 21 mars 2021
Viticulteur, Olivier Reumaux n’a pas attendu la crise viticole pour se convertir en bio et diversifier sa production. Il témoigne sur ce retour à la polyculture-élevage

« Je vous présente le Glyphopoule ». En plus d’être pince-sans-rire, Olivier Reumaux est un viticulteur atypique. Certains de ses voisins le lui ont bien fait comprendre quand, dans les années 90, il a décidé de convertir ses vignes en agriculture biologique. « Certains ne m’ont plus parlé, c’est dur d’être précurseur ». Son père l’a aussi regardé d’un drôle d’œil. Mais déterminé, le vigneron de Camblanes-et-Meynac, sur la rive droite s’est lancé. Les scandales du poulet à la dioxine ou de la vache folle lui ont donné raison, le regard des consommateurs et donc la demande ont changé.

Alors que la viticulture girondine traverse une nouvelle crise, la demande en vin bio continue à être soutenue. La clientèle de particuliers belges et français du Château Le Parvis de Dom Tapiau lui est fidèle.
Pas logique de faire de la monoculture

Certains viennent directement chercher leurs bouteilles sur l’exploitation. Depuis une dizaine d’années, ils peuvent repartir avec des artichauts, des tomates ou des salades. « J’avais envie de changer de métier. Ce n’était pas logique de ne faire que de la monoculture. Je faisais déjà mon potager et les clients nous demandaient s’ils pouvaient nous acheter des légumes. J’ai senti une demande » Comme il l’avait fait au début de sa carrière, Olivier Reumaux a pris son bâton de pèlerin et est allé rencontrer d’autres maraîchers déjà installés.

Pommes de terre, salades, tomates, radis, oignons, fèves se sont mis à pousser sur les trois parcelles situées à Camblanes, à Meynac et dans les palus en bord de Garonne. Ils se vendent tous les jours sur la ferme, complètent les paniers d’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) et nourrissent les écoliers des quatre villages des alentours.

Le vigneron-maraîcher trouvait qu’il lui manquait quelque chose. Alors il a introduit un élevage de poules, 249 et pas une de plus, les règles vétérinaires sont très strictes.

 » Il ne faut pas se diversifier par défaut et mieux vaut avoir un moral d’acier « 

Le retour de l’assolement

La serre des légumes, comme le poulailler, sont régulièrement déplacés dans l’exploitation au gré des rotations des cultures. Un assolement qui a déserté les pratiques culturales de la très viticole Gironde. « Mes poules et les quelques brebis que nous avons pour notre consommation personnelle nettoient les vignes et fertilisent les sols. J’ai une terre fabuleuse. C’est cette agronomie qui nous fait vivre », se félicite le Camblanais à la tête d’une exploitation de cinq personnes.

Pour Cristina et Pauline, les deux employées de la ferme, cette diversité de productions permet d’éviter toute routine. « N’être que dans les vignes ou que dans la serre serait fastidieux. Là, on ne fait jamais la même chose. Cela permet de tourner », apprécient-elles.

Alors que la Chambre d’agriculture de Gironde encourage les viticulteurs à se diversifier (lire ci-dessous), Olivier Reumaux reconnaît que « ce n’est pas évident de passer d’une culture pérenne à des cultures annuelles. La vigne, on la plante pour 25 ou 30 ans, le cycle de vie d’une salade, lui, est de 60 jours. Le rythme de travail n’est pas le même. Devenir maraîcher, ce n’est pas juste avoir un grand potager, il faut avoir des notions d’agronomie et d’économie. Il ne faut pas se diversifier par défaut et mieux vaut avoir un moral d’acier ».

Jamais à court de projets, Olivier Reumaux aimerait désormais se lancer dans l’arboriculture. Mais pour cela il lui faudrait trouver des terres. Et sur un secteur en pleine expansion, la mission est difficile. « Ceux qui en possèdent ne veulent pas de fermiers. Ils attendent que leurs terres deviennent constructibles… »


Je retourne sur la page presse